Une journée pour arrêter de fumer

07 juin 2017

Société

Sept heures du matin, zone de l’Artillerie. Marie-Christine l’infirmière du vice-rectorat à la rencontre de jeunes fumeuses.

Sept heures du matin, zone de l’Artillerie. Marie-Christine l’infirmière du vice-rectorat à la rencontre de jeunes fumeuses.

Le vice-rectorat a profité de la Journée mondiale sans tabac (JMST) du 31 mai pour mener une enquête auprès des jeunes des lycées Lapérouse et Escoffier et du collège Baudoux. Une équipe du Service vie de l’élève s’est déployée dans le quartier de l’Artillerie, une zone assez sensible…

– Vous savez ce que c’est aujourd’hui ?

– L’anniversaire de ma copine !

Sept heures du mat’ sur les trottoirs de la rue des Frères-Carcopino. Infirmière au vice-rectorat, Marie-Christine Jamin va de groupe en groupe, questionnaire à la main. Une heure avant le début des cours, adolescents des trois lycées et collège voisins patientent, se marrent, naviguent sur leur playlist, fument une roulée. « C’est aussi la Journée mondiale sans tabac ! », répond-elle en souriant. Plus loin, un médecin, une assistante sociale et deux secrétaires, elles aussi membres du SVE (Service vie de l’élève) du vice-rectorat, mènent l’enquête auprès des jeunes.

– Que fais-tu en général pendant la pause de midi ?

– Je vais me promener avec les copains.

– Qu’aimerais-tu faire en attendant ton heure de cours ?

– M’assoir à l’abri et… écouter de la musique.

– Si la zone de l’Artillerie devenait non fumeur, qu’en penserais-tu ?

– Je ne serais pas obligée de faire comme les autres.

– Est-ce que tu aimerais  arrêter de fumer ?

Marie-Christine affirme aux deux gamines assises près d’elle qu’acheter du tabac, c’est (sans jeu de mots) « de l’argent qui part en fumée ». Marie-Ange et Jemima, en 1re à Escoffier, 16 ans dont cinq à fumer du tabac à rouler, en conviennent. D’autant que leur paquet dure une semaine à peine. Au début, elles ont craché leurs premiers goudrons « pour faire comme tout le monde ». Et aujourd’hui, elles déclarent ne plus pouvoir se passer de nicotine à la récré et avoir déjà essayé de tout arrêter. Le mini-questionnaire et les mots de l’infirmière ? « Ça nous fait réfléchir. » En tout cas, elles, comme les autres, sont invitées à se rendre à l’infirmerie du lycée Escoffier à l’heure de la pause matinale pour de plus amples informations et l’évaluation de leur tabagisme.

Mieux connaître les besoins des jeunes

Pour sa première enquête de ce type, le vice-rectorat a choisi le quartier de l’Artillerie. Celui des lycées Lapérouse et Escoffier, et du collège Baudoux. Une zone sensible où de nombreux ados, à la descente du car ou entre deux cours, vivent au rythme de la consommation de tabac et d’alcool, et des violences, des règlements de comptes dont les deux gradins de la rue Baudoux, installés à l’origine pour offrir un abri aux élèves, constituent l’épicentre.

« Cette enquête est destinée à sensibiliser aux méfaits du tabac, à identifier le profil de la population de la zone Artillerie, à mieux connaître les vrais besoins des jeunes fumeurs et à fournir des réponses adaptées à ces besoins », indique Marie-Christine. Une vingtaine de questionnaires, anonymes, ont été récoltés hier, autant ce matin. Leur analyse fournira des pistes de travail et donnera lieu à des propositions d’actions à soumettre aux partenaires, dont la Ville de Nouméa, afin de mieux réguler ce flux de jeunes. Mettre en place des activités le matin ? Liées à la musique ? Reconstruire un abri plus sécurisant que les gradins ? Utiliser la salle de la Jeune-Scène ? Ouvrir les établissements plus tôt ?…

Arrêter de fumer ? Même pas peur !

Neuf heures à l’infirmerie d’Escoffier. Une peau qui s’abîme, les dents jaunies, une bouche aux relents de cendrier, Marie-Christine liste ce qui attend Marie (17 ans) si elle continue à crapoter indéfiniment. Elle prêche une convaincue. La jeune lycéenne a l’intention d’arrêter les frais. Au figuré, mais au propre aussi. Avec l’argent économisé, elle pourrait s’offrir un pull. Carboxymètre à la main, l’infirmière explique le fonctionnement de l’appareil destiné à mesurer le taux de monoxyde de carbone (CO) sur l’air expiré. Marie le saisit, inspire profondément, puis souffle lentement. Résultat : CO de 5, % COHB de 0,80. Sur la réglette, elle se situe à la limite de la zone verte (non fumeur) et de la zone jaune (fumeur léger). « Si tu reviens demain sans avoir fumé, tu seras descendue dans le vert et tu auras déjà nettoyé tes poumons. »

Cesser de fumer ne fait pas peur à la jeune fille, qui craint bien plus de « ramasser » si sa mère la surprend une clope au bec. « Dis à tes copines qui continuent de fumer que ceux qui arrêtent sont les plus forts », lâche Marie-Christine. « Non, faut pas leur parler comme ça !, réplique Marie. Faut les insulter ! Après elles vont réfléchir un peu ». À chacune sa méthode…

« On sait que le tabagisme en Calédonie a légèrement baissé, il faut rester humble, confie l’infirmière du vice-rectorat. Et se dire que ce genre de campagne finit par porter ses fruits. Tout doucement, nous sommes en train de gagner du terrain ».

 

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Le mini-questionnaire anonyme de l’enquête.

 

 

 

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À l’heure de la récréation et du rendez-vous individuel d’évaluation du tabagisme.